Modernité endommagée (3)

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أخر تحديث : الثلاثاء 7 مارس 2017 - 11:48 مساءً
Modernité endommagée (3)
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Meknescity

                                                             Mohamed Khassif

Les artistes arabes abordent, consciemment ou inconsciemment, les choses de l’art avec une temporisation décalée, non synchronisée. Ils sont déjoués par le passé de l’ « Autre » d’un côté, et le leur de l’autre côté. Ils vivent simultanément, leur présent dans deux passés patrimoniaux. Leurs perceptions et leurs conceptions de l’art sont liées à la notion de tradition et modernité, mais malheureusement, la conciliation entre ces deux concepts, au niveau opérationnel s’est soldée par l’échec. La tradition chez eux reste superflue et mal comprise, par manque de méthode, de théorie, de critique fondée et de vision claire vis à vis de ce patrimoine bloquant. « Ce qu’on appelle Patrimoine se trouve « là-bas », dans une des périodes de l’histoire. C’est le patrimoine d’une civilisation qui a arrêté les aspects du progrès et de la créativité depuis longtemps. Par conséquence, elle se trouve éloignée de notre temps. La Pensée européenne qui est Universelle, se trouve elle aussi, « là-bas », comme un maillon de la chaîne d’une évolution dont on n’a pas vécu le début ni avoir accompagné son évolution»(1).

Notre modernité est victime d’une dualité patrimoniale : le nôtre, arabo musulman et celui de l’Autre. Cette dualité inextricable et incommode confine le penseur moderne et l’artiste plasticien. On a toujours brandit le slogan “conciliation de la tradition et de la modernité” mais sans vain. Rien n’est saisi avec raison et esprit. L’émotion devance la raison dans notre manière d’aborder le patrimoine. L’éblouissement nous aveugle au moment où nous touchons à la modernité occidentale. Cette modernité forte, narcissiste et agressive. Elle n’accepte ni le similaire ni le concurrent. Elle ne laisse derrière elle que des victimes civilisationnelles. L’éblouissement et l’agressivité sont deux ” qualités” de la modernité.

Comment expliquer le maniement sans manutention de l’abstrait à une époque où la postmodernité est en vogue ? Je ne suis pas anti abstrait, mais je pose une simple question.

Le mouvement pictural des années 60, notamment ” le groupe 65″ était pionnier certes, au niveau changement des concepts de l’Art, de l’œuvre d’art, du statut de l’artiste, de l’ouverture sur d’autres champs d’expression autres que la peinture, comme la poésie, la littérature… « Ce petit groupe, formé sur la base d’un projet esthétique commun et des convictions réciproques, a généré, une dynamique et un enthousiasme que les époques postérieures marquées par l’auto-isolement et la subjectivité excessive n’ont pas pu connaître »(2). De plus, comme disait M’rabet : « Il y a des passages de la tradition parce que l’artiste contemporain comme un prophète qui regarde en arrière. Cela ne concerne pas l’artiste d’avant-garde, moderniste » (idem). M’rabet parle ici de la contemporanéité dans son acception temporelle et non dans le sens ontologique d’une post modernité artistique. Les artistes de cette époque, des années 60, étaient loin de penser « œuvre contemporaine ». Quoique ce groupe restreint, soit dynamique et enthousiaste, il n’avait pas de liens d’affection culturelle envers les penseurs de l’époque, comme à titre d’exemple, Mohamed Abid AL Jabri, Abdallah Laroui ou Aziz Lahbabi. Celui-ci fut sévèrement critiqué par le groupe, lors de la Foire artistique de Fès en 1966. Les artistes n’étaient pas satisfaits de son rôle d’organisateur/sélectionneur. A ce propos, ils écrivaient : « Normalement un jury qui a pour tâche de sélectionner des œuvres d’artistes nationaux en vue d’une rencontre à l’échelle nationale ou internationale devrait au moins acquérir les compétences nécessaires pour ce choix ; la philosophie ou les compétences administratives ne suffisent pas ». (3)

Dans son texte de présentation intitulé « fête du livre et du tableau marocains », Lahbabi a écrit : « Saluons aussi, l’aube bleutée et tiède de la peinture féminine marocaine en la personne de Mesdames Al-Chaiba et Méziane qui prennent rang parmi nos naïfs déjà connus : Louardighi, Ben Allal, Ahmed Drissi…» (Idem). Par manque de « compétences nécessaires » dans le domaine des arts plastiques, Aziz Lahbabi écrit mal le nom de Chaïbia et prend Meriam Meziane pour une peintre naïve qui prend rang parmi les leurs !

Cette peinture naïve, considérée comme « une anomalie culturelle qui n’a cessé d’entretenir une confusion dans les esprits »(4).

Chabaa a dit à propos de cette « anomalie culturelle » : « L’aboutissement véritable de cette peinture est que notre bourgeoisie et même certains milieux intellectuels, qui se disent progressistes et d’avant-garde ont accepté cette peinture. La politique coloniale a donc réussi ». (Chebaa, Position1, Idem)

compétences nécessaires pour ce choix ; la philosophie ou les compétences administratives ne suffisent pas ». (3)

Dans son texte de présentation intitulé « fête du livre et du tableau marocains », Lahbabi a écrit : « Saluons aussi, l’aube bleutée et tiède de la peinture féminine marocaine en la personne de Mesdames Al-Chaiba et Méziane qui prennent rang parmi nos naïfs déjà connus : Louardighi, Ben Allal, Ahmed Drissi…» (Idem). Par manque de « compétences nécessaires » dans le domaine des arts plastiques, Aziz Lahbabi écrit mal le nom de Chaïbia et prend Meriam Meziane pour une peintre naïve qui prend rang parmi les leurs !

Cette peinture naïve, considérée comme « une anomalie culturelle qui n’a cessé d’entretenir une confusion dans les esprits »(4).

Chabaa a dit à propos de cette « anomalie culturelle » : « L’aboutissement véritable de cette peinture est que notre bourgeoisie et même certains milieux intellectuels, qui se disent progressistes et d’avant-garde ont accepté cette peinture. La politique coloniale a donc réussi ». (Chebaa, Position1, Idem)

Malheureusement, ce «phénomène du naïf (…) qui correspond à une volonté et à un plan colonial prémédité dans le domaine culturel»(Chebaa), cette peinture « bourgeoise », qui « a toujours été le résultat de manifestations individuelles, marginales » (Melehi), est de retour en ces derniers temps. Avouons que des artistes reviennent, de bonne intention, à ce style pour exprimer leurs émotions, pour révéler leur intérieur, ce qui donne à leurs travaux plus de poids et de richesse plastique. D’autres, par contre, le trouvent comme voie pour s’enrichir. Somme toute, leurs productions une fois exposées nous réfèrent à des « modèles » déjà vus.

Ce qui est dramatique est que la peinture naïve est acceptée et cautionnée par le musée d’art moderne et contemporain de Rabat, qui la considère parmi les expressions marquantes du féminisme de la modernité marocaine !(5)

Quel paradoxe ! Depuis quand considère- t- on le naïf comme art moderne ? Douanier Rousseau figurait- il parmi les artistes de la modernité européenne du 19ème siècle ?

Ambiguïté égale ici falsification et détournement des sens… de l’histoire.

  1. محمد عابد الجابري – التراث والحداثة، مركز دراسات الوحدة العربية، الطبعة الأولى، بيروت، تموز يوليو 1991

  2. . Khalil M’rabet – http://saidbengrad.free.fr/al/n9/2.htm

  • F. Belkahia, M. Chebaa, M. Melehi – Position 2, Des peintres protestent, p.36, Souffle N° 4, 4ème trimestre 1966.

  • Souffle, Position 1, Situation de la peinture naïve au Maroc, p. 73, N° 7-8, 3eme et 4eme trimestres 1967.
  • L’exposition « Femmes, artistes marocaines de la modernité, 1960 – 2016 », organisée par le musée Mohamed VI de Rabat, du 23 Novembre 2016 au 8 Mars 2017.

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